Publié le 2011-07-01

Leadership vs pouvoir : deux systèmes opposés ?

Steve Jobs, Gandhi ou Obama : comment entraînent-ils les foules ? Comment réussissent-ils à changer le monde? Le leaderhip, force impalpable, est un atout décisif pour les décideurs. Souvent confondu avec le pouvoir, le leadership est aussi stratégique que peu étudié en France. Quelles relations entretiennent leadership et pouvoir ? Sont-ils antinomiques ? Comment maîtriser l’un et/ou l’autre en allant au cœur de leur définition ?


Leadership, cet impalpable

Le leadership est souvent défini par une longue check-list de qualités à avoir, d’ingrédients magiques ou basiques. Pour certains, « le leadership c’est l’intelligence émotionnelle », pour d’autres « le charisme », etc. Mais une longue liste d’ingrédients ne touche pas à l’essence d’une force aussi complexe, capable de changer la marche d’une entreprise, voire du monde. Après quelques décennies de réflexion, notre définition est la suivante : le leadership est un système de gouvernance et de valeurs, fondé sur :
  • 1. l’adhésion, pas le pouvoir ni la contrainte
  • 2. l’autorité de l’exemplarité (donner/incarner un bel exemple), pas de la fonction ni du statut
  • 3. la noblesse d’une cause, d’idées et d’objectifs solides et inspirés
  • 4. le mouvement, car qui suivrait un homme à quai, statique ?
  • 5. l’affection : la passion pour une cause, pour ceux qui la suivent, pour « les siens »

Le pouvoir : mieux qu’un tyran ?


À l’inverse, le pouvoir est souvent – peut-on penser – très compris. Chacun pense l’avoir expérimenté dans sa chair ou dans sa maîtrise. En réalité, chacun en a une définition distincte. Pour certains, c’est l’usage de la force, mal acceptée voire brutale. Pour d’autres, c’est un insidieux reptile, dont certains abusent au détriment d’autrui. À l’inverse, pour certains, c’est une chose parfaitement légitime, neutre, et nécessaire qui permet le fonctionnement cohérent des sociétés.
Comment expliquer le grand écart entre ces perceptions ? Pourquoi le concept est-il tantôt très négatif, tantôt positif ou du moins neutre ? La confusion vient du mélange entre la notion de pouvoir et celle d’abus de pouvoir. Le premier, neutre, ouvre la porte, potentiellement au second, excessif. Le pouvoir, aimé ou méprisé, existe. Il permet la réalisation de grandes choses, positives ou non. Il peut être légitime ou non. Il peut être utilisé sagement, ou de façon abusive.
Ces différentes dimensions rendent la notion complexe. Et notre jugement sur le pouvoir est souvent obscurci par les émotions générées par le fait de subir le pouvoir ; ou par celles d’en jouir.
Si l’on se centre sur le pouvoir, et non sur ses abus, le concept peut sans doute être défini comme un état de droit, ou de fait, qui donne la force d’imposer son point de vue. Si le pouvoir est légitime et utilisé de façon non abusive, le ressenti sera faible ou nul. Si le pouvoir est non légitime mais utilisé à bon escient, il peut en être de même, ou pas.
Les conflits, ou blessures, viennent souvent du fait que lorsqu’il est légitime, le détenteur du pouvoir ne s’embarrasse plus trop (voire plus du tout) des sujets qui « subissent » son pouvoir. Et le glissement peut être rapide vers la non-écoute, le ressenti, voire le conflit d’intérêt.

Autorité vs. légitimité

Dans les entreprises, du statut et de la fonction dérive un certain niveau de pouvoir (la potestas). La légitimité vient d’en haut : les actionnaires donnent au dirigeant le droit d’organiser l’entreprise, qui nomme des hauts managers, des managers, etc. La légitimité est juridique et extrinsèque.
À l’inverse, l’autorité (l’auctoritas) ne requiert aucune fonction officielle. Dans un groupe d’amis, untel fera autorité sur tel sujet, par son savoir et/ou son charisme, et un autre sur tel sujet. Comme l’exprime justement François Terré*, il existe une autorité du héros, du saint, du génie, qui se passe de toute consécration officielle.
Cicéron oppose potestas et auctoritas. Être auctor, c’est proposer, confirmer ou garantir. L’autorité ne se présente pas comme un pouvoir de commandement. Elle est l’antithèse de l’imperium ou de la potestas.

Pouvoir vs. Leadership

Les concepts de pouvoir et de leadership sont donc très distincts, voire diamétralement opposés.
Ainsi, trois différences sautent aux yeux :
  • 1. le pouvoir est une force qui va du haut (de la hiérarchie) vers le bas (top down), du fort vers le faible. À l’inverse, le leadership est une force qui va du bas (de la hiérarchie) vers le haut : on est « fait » ou reconnu leader par son groupe.
  • 2. le pouvoir tend à « diviser pour mieux régner », comme dit l’adage. Si diviser, c’est organiser et répartir les tâches, pourquoi pas ? Si diviser permet de limiter tout contre-pouvoir alors s’ouvre la porte de l’arbitraire, de l’abus de pouvoir, de la violence au visage légitime.
  • À l’inverse, le leadership, fondé sur l’adhésion, tend à « unifier pour mieux régner ». Il rassemble au lieu de diviser, et n’a pas peur de voir le groupe soudé, car cette réunion est symbole de l’adhésion de tous à un objectif, à des valeurs afférentes, à un projet que les forces combinées d’une équipe permettent d’atteindre.
  • 3. le pouvoir donne des ordres, des instructions. Il ne prend pas le temps de l’écoute, se prive partiellement de la créativité des autres, sauf pour exécuter.
À l’inverse, le leadership consulte, écoute et fonde son autorité sur ce travail de synthèse. S’il donne des axes de travail ou des directives, la liberté laissée aux uns et aux autres leur permet d’exprimer créativité, identité propre, et crée des apports personnels forts. Implicitement s’exprime un respect de la valeur ajoutée de chacun qui renforce l’adhésion, le sentiment d’appartenance à un groupe, une équipe paradoxalement variée… mais unie.

Leadership + pouvoir ?

La tentation humaniste et logique qui découle de ces analyses peut être de n’user que de leadership. Mais cela se révélerait sans doute difficile tant la vie sociale est organisée autour du pouvoir et de rapports sociaux encadrés par le droit.
Par exemple, comment concevoir le rapport employeur-employé sans s’appuyer sur le principe de subordination ?
Cela semble difficile mais pas impossible si l’on plonge dans le travail sur la « para-subordination » de Jacques Barthélémy, fondateur du cabinet Barthélémy & Associés, spécialiste en droit social. Cela semble nécessaire si l’on suit les évolutions sociétales, ou encore les aspirations de la génération Internet, qui pense de façon plus démocratique et décentralisée.
Comment allier leadership+pouvoir si les deux concepts sont diamétralement opposés ? Faut-il y voir la nécessaire rencontre de deux forces (ying/yang) dont l’équilibre subtil est l’objectif à atteindre ? Peut-être.
Mais notre intime conviction est que le leadership est une force plus noble, pour ne pas dire plus nécessaire. Notre conviction est qu’il est l’heure qu’elle prenne dans nos vies une place majeure. Notre ardente aspiration est que le rôle du pouvoir doit voir sa place réduite, et que la place du leadership augmente.
L’avènement du leadership, comme mode de gouvernance, a été façonné et rendu possible par les révolutions démocratiques du XVIIIe siècle en Europe de l’Ouest, au XXe siècle en Europe de l’Est. En ce début du XXIe siècle, d’autres pays d’Afrique du Nord, comme la Côte d’Ivoire, ou du Moyen-Orient, rejoignent ce mouvement historique.
Mais appelons de nos vœux que le XXIe siècle ne soit pas seulement l’ère du leadership dans nos vies de citoyens. L’entreprise est un lieu où les personnes passent cinq jours par semaine. Il est temps que ce cadre devienne plus encore un endroit d’épanouissement et de respect mutuel, fondé sur le leadership, plus que sur le pouvoir et la subordination.

Loin des rapports de domination et ceux plus encadrés et éclairés de subordination, le XXIe siècle doit aussi devenir l’ère du leadership dans l’entreprise.

*Juriste français, membre de l’Académie des sciences morales et politiques.

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